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L'Histoire de la bibliothèque est étroitement liée à celle du Muséum.
Elle est le reflet de l'activité scientifique de cet établissement depuis sa création.


Au XVIIIe siècle, le goût pour l'histoire naturelle se développe autour des "Cabinets de curiosités" et conduit en 1793 à la nouvelle organisation du Muséum d'histoire naturelle de Paris.
Il existe aussi à Nantes des Cabinets privés appartenant à de riches commerçants ou bourgeois fortunés. L'un d'entre eux, François-René Dubuisson, rassemble alors ses collections personnelles et celles qu'il acquiert auprès de plusieurs naturalistes-amateurs et ouvre au public, en 1799, un Cabinet d'histoire naturelle, rue Caylus. En 1802, le Département achète les collections du Cabinet Dubuisson. Devenu propriété de la Ville en 1806, le premier Musée d'histoire naturelle est inauguré le 15 août 1810. Dubuisson en est le premier conservateur.

Naturaliste et minéralogiste réputé, Dubuisson sera le précurseur de la connaissance géologique du département et particulièrement du sous-sol nantais. Il publie entre autres le Catalogue de la collection minéralogique, géognostique et minéralurgique de la Loire-Inférieure, en 1830, ainsi que la Carte géognostique du département de la Loire-Inférieure, en 1832, qui sont une source de documentation rarement égalée à l'époque en France.
En 1836, le fondateur du Muséum est remplacé par Frédéric Cailliaud, égyptologue, célèbre par ses explorations et découvertes effectuées de 1815 à 1823. Correspondant du Muséum de Paris, il adhère à de nombreuses sociétés savantes nouvellement constituées et reste très influent dans le cercle des naturalistes nantais. De cette nouvelle carrière scientifique il s'illustre par ses recherches en minéralogie et en malacologie, tout en poursuivant ses travaux sur l'Égypte, notamment ses Recherches sur les arts et métiers [...] des anciens peuples de l'Égypte, de la Nubie et de l'Éthiopie, planches très rares parues de 1831 à 1837. En raison d'un faible tirage et d'un accident matériel, quelques exemplaires seulement furent distribués et le texte ne fut jamais publié. La bibliothèque conserve également le très précieux Voyage à Méroé et au fleuve blanc, édité de 1823 à 1827 à l'Imprimerie Royale.
L'Établissement prospère et les dons affluent. Durant trente années, Cailliaud réclame une nouvelle construction. Il meurt en 1869 et ne peut voir l'achèvement du bâtiment actuel, place de la Monnaie, qui accueille depuis 1875 les collections du Muséum et sa bibliothèque créée en 1863 suite au legs du Baron Charles Bertrand-Geslin, fils de l'ancien maire de Nantes.


C'est en fait une disposition testamentaire de Bertrand-Geslin qui est à l'origine de la bibliothèque. Il lègue, outre ses remarquables collections minéralogiques et paléontologiques, une riche bibliothèque de 600 livres, ses journaux de voyages et sa correspondance, à une condition : la bibliothèque doit être mise à la disposition du public pour "... l'étude de ses collections..." et la Ville doit s'engager à faire "... un cours de géologie, de minéralogie et de conchyliologie vivante ou fossile...".
Éminent géologue et minéralogiste, il laisse un matériel scientifique inestimable. Sa bibliothèque rassemble tous les travaux des grands noms qui ont contribué à l'enseignement des sciences de la terre au XIXe siècle : Deshayes, D'Archiac, Élie De Beaumont, A. Brongniart, Haüy célèbre par son Traité de Minéralogie (1822, 2e édition), A. D'Orbigny avec ses deux ouvrages essentiels Cours élémentaire de Paléontologie et de Géologie stratigraphiques et Prodrome de Paléontologie stratigraphique universelle des animaux mollusques et rayonnés (1849-1852).


Le conservateur Édouard Dufour établit, en 1881, le premier catalogue manuscrit de la bibliothèque : 860 ouvrages imprimés et 40 collections de périodiques français et étrangers sont recensés.

Son successeur Louis Bureau, tout en poursuivant l'accroissement et la classification des collections, s'attachera particulièrement à donner une orientation nouvelle à la bibliothèque afin qu'elle devienne le lieu incontournable des scientifiques et naturalistes de l'Ouest. Il souhaite leur faire prendre conscience des richesses dont ils disposent sur place et les faire participer aux progrès de la science tant sur le plan national qu'international.
Pour cela, il crée en 1891, la Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France composée des membres de la section d'histoire naturelle de la Société académique de Nantes. Autorisée par la Ville à établir son siège au Muséum, elle doit, en contre partie de cet avantage, céder à la bibliothèque tous les ouvrages obtenus par échange de son Bulletin ou par acquisition.
Dès la première année, 250 membres y adhèrent et l'affiliation d'illustres personnalités scientifiques ou honorifiques, pour ne citer que Milne-Edwards, Barrois, ou S.A.S. Albert 1er de Monaco, en entretient le prestige. La plupart d'entre eux, collectionneurs de surcroît, deviendront de généreux donateurs tant de leurs collections que de leurs bibliothèques : Viaud-Grand-Marais, botaniste et zoologiste intéressé aux serpents venimeux, Gadeceau, botaniste, Gourdon, minéralogiste, l'abbé Dominique, entomologiste,...

Puis en 1916, grâce à une souscription de la Société des sciences naturelles, le Muséum acquiert les 500 ouvrages de la section d'histoire naturelle de la Société académique de Nantes dont les plus grands classiques méritent d'être cités : Libri de Piscibus Marinis..., Rondelet, 1554, L'Histoire de la nature des oyseaux avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel, Belon, 1555, Plantarum seu Stirpium Historia, De Lobel, 1576, sans oublier les auteurs prestigieux empruntés à l'histoire des sciences naturelles des XVIIIe et XIXe siècles : Buffon, Cuvier, Linné, Lamarck, De Candolle.
Sous la direction de Bureau, la bibliothèque connaît une période fastueuse. Ornithologiste universellement connu, il dote le fonds zoologie des plus beaux ouvrages d'iconographie ornithologique française du XIXe siècle. Signalons plus particulièrement l'un des plus finement enluminés de son époque L'Iconographie ornithologique de O. Des Murs, 1849, aux planches dessinées et peintes par Prévost et Oudart, peintres attachés au Muséum de Paris. Il faut bien entendu y ajouter Les Oiseaux dorés ou à reflets métalliques D'Audebert et les magnifiques oeuvres de Levaillant.

Face au développement considérable de la bibliothèque, Bureau est dans l'obligation de se faire assister et avec Joseph Péneau, premier préparateur-bibliothécaire, naturaliste et membre assidu de la Société des sciences naturelles, ils rédigent un deuxième catalogue, adoptent une classification méthodique et constituent le premier fichier.

Ernest Marchand, nouveau conservateur, cite dans le guide du visiteur qu'il publie en 1924 : "... La bibliothèque comprend plus de 6000 volumes, 10000 brochures, sans compter les publications périodiques qu'elle reçoit de France (162) et de l'étranger (245)..."

Puis, sous l'impulsion de Mme Baudouin-Bodin, qui dirigera le Muséum de 1954 à 1989, la bibliothèque s'enrichit de trois dons inattendus.
En 1970, la Société nantaise d'horticulture abandonne une grande partie de son fonds ancien, où se côtoient aussi bien des traités de botanique, de nombreux opuscules d'arboriculture et de floriculture que de prestigieux atlas de voyages. On y découvre bien qu'incomplète une édition du Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes de l'Astrolabe et la Zélée pendant les années 1837-1838-1839-1840 sous le commandement de M. Dumont-D'Urville.
Le legs du Cabinet d'histoire naturelle et de la bibliothèque du marquis René D'Abadie, décédé en 1971, est un événement considérable pour le Muséum. C'est un véritable petit musée qui prend place dans l'établissement agrandi depuis quelques mois, par suite du départ de l'École de commerce. La particularité du fonds D'Abadie est d'être la représentation exacte de la diversité des disciplines que tout naturaliste accompli aborde tout au long de sa vie.
En 1976, grâce au dynamisme de mycologues nantais, le docteur Odic, ancien maire de Sèvres, lègue une bibliothèque spécialisée en mycologie. Les plus grands auteurs européens sont représentés : en particulier le hollandais C.H. Persoon avec : Icones Pictae Specierum Rariorum Fungorum, Paris, 1803-1804, figures coloriées des espèces rares des champignons décrits dans le Synopsis Méthodica Fungorum, ouvrage officiellement admis comme point de départ de la nomenclature des champignons.

Cette présentation chronologique n'est qu'un aperçu des richesses de la bibliothèque scientifique du Muséum. Les fonds sont estimés à 20.000 ouvrages imprimés dont la moitié environ correspond au fonds ancien. Les collections de périodiques français et étrangers représentent plus de 1500 titres, 500 sont toujours vivants. La bibliothèque assure également la conservation des manuscrits et archives des conservateurs et donateurs. Bibliothèque de recherche et d'études, spécialisée dans les sciences de la nature, elle est fréquentée aussi bien par les chercheurs et les étudiants, les membres des sociétés scientifiques et les naturalistes avertis, que par les amateurs de sciences naturelles.
Toutes les grandes disciplines sont présentes : écologie générale, sciences de la terre, botanique, zoologie. Quelques domaines annexes sont également abordés : protection de l'environnement, préhistoire, archéologie, ethnographie et plus récemment : histoire des sciences et muséologie.

Béatrice DAVID, responsable de la bibliothèque scientifique jusqu'en 2009

Bibliographie
> Guide du visiteur précédé d'un résumé historique par Ernest Marchand, 1924.
> Un musée dans sa ville sous la direction de Jean Dhombres, 1990.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La nature et diversité des poissons... (1555) de P. Belon

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