Dans l’approche de l’univers des corbeaux que Monique Josse poursuit, la première oeuvre achevée fut "La nuée de corbeaux". Elle est mise en présence, aujourd’hui, d’une nuée de corvidés naturalisés.

A propos de monique Josse...

Née en 1947, formée à l’école des beaux arts d’Angers et de Nantes, expose depuis 1985. Elle décline le thème du corbeau au travers d'installations et de réalisations plastiques (gravures, photos, peintures, objets détournés) utilisant une grande diversité de techniques et de matériaux. Monique Josse vit et travaille à Charcé-Saint-Ellier (Maine et Loire).
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Cette mise en scène de la problématique "Art et Science" témoigne d’une approche plurielle, dénuée d’à priori, laissant émerger des correspondances possibles, des questionnements sur la singularité des regards scientifiques et artistiques, sur leur éventuelle complémentarité, en tout cas, sur la nécessité crédible de dépasser les clichés pour laisser jouer l’interaction des sensibilités. Quoiqu’il en soit, Monique Josse n’impose rien. Elle invite à un parcours dans lequel, les regards superposés ou croisés donnent de la profondeur de champ.

Comme le scientifique, Monique Josse commence par observer. Elle a élevé un corbeau, en dissèque d’autres. Les relations parfois troublantes du minéral et du vivant, les quêtes, notamment photographiques, mais aussi celles des oeuvres, des mythes, des contes, des légendes, les rencontres de gardes-chasses, de taxidermistes, de scientifiques, d’écrivains ont conduit à l’accumulation d’une documentation disparate permettant de prendre pied progressivement dans la saga des corbeaux. Ni anthropomorphisme, ni écologisme mais une fascination préexistante aux réflexions classiques concernant les comportements individuels et sociaux des hommes et des animaux.

Penser que le corbeau puisse être un animal est tout simplement trivial. Comme une queue de comète, chargée d’ombre et de lumière, de joie et de deuil, de vie et de mort, de poèmes et de silences, il s’impose, immuable, sculptural, différent, résistant, depuis le déluge au moins et sans nul doute jusqu’à l’apocalypse qui lancera, hors de la galaxie, la terre.

Démarche scientifique et démarche artistique s’entrecroisent : l’oiseau devient tour à tour objet et sujet. Il faut alors puiser dans son milieu de vie, son environnement, pour rendre compte, traduire et transcrire, donner à voir et émouvoir, dans une relation tantôt esthétique tantôt poétique, toujours symbolique.

Monique Josse sollicite largement la Loire, ses sables et ses peupleraies, les oeufs des corbeautières, les éléments de la ruralité angevine. La préparation mentale nécessaire à la mise en oeuvre, les essais diversifiés, permettent d’arrêter les choix de matériaux conduisant à une symbiose maîtrisée du dénoté et du connoté. Elle fait appel aux éléments naturels (os, bois, tiges, feuilles, pierres, plumes…) aux produits manufacturés (brique, bronze, papiers, encre, cire, jesmonite...). Elle utilise et mêle des techniques diverses, du geste primitif (collecte, empreinte) au plus élaborée (soudure, gravure, terres cuites, peinture, photos...). Comme dans les boîtes d’un « cabinet de curiosités » le voyageur garde et regarde les lambeaux de ses découvertes où se côtoient squelettes et écorchés, objets insolites et hétéroclites, témoignages fragiles d’une autre culture.

Au-delà de la dualité manichéenne du blanc et du noir, perçue ici en façade du Muséum, Monique Josse, s’attache aux oppositions essentielles que sont le proche et l’éloigné, l'ici et l’ailleurs, le petit et le grand, le dedans et le dehors. Elle s’essaie à regarder de plus près, à la loupe, sublimée par la lanterne magique, les noirs distillés en vert, bleu, violet, pourpre, argent, afin d’en saisir une certaine réalité habillée d’ombres et de doutes sans lesquels, toute recherche deviendrait stérile.

Propos de Monique Josse recueillis par Danielle Marchand.